Lundi 22 juin 2009
La douleur.
Comme une aube empoisonnée dans mon crâne.
Dans ma jambe, une épaule aussi probablement.
Mes paupières sont sèches, friables, et le fond de mon orbites crie sa douleur.
Je préfère ne pas les ouvrir pour l'instant.
Je sens ma gorge froissée comme une vieille sacoche de cuir craquelée.

J'ai dû me casser la gueule.
Depuis plusieurs jours. Je dois être déshydraté. J'espère que la plupart de mes douleurs
à la tête viennent de là, en tout cas.
J'ai un peu froid. Je tâte délicatement le sol sous moi, sans bouger les bras.
Froid. De la pierre. J'écoute autour de moi... Le silence. Le calme.
Je ne dois pas être dehors, au pied de la falaise. Même si c'était la nuit, même s'il faisait
froid, j'entendrais des bruits, je sentirais l'air. Ici, rien. Ca doit être une caverne.

Je bouge un à un les parties de mon corps les moins douloureuses.
Je fais rouler les muscles sous la peau. Les yeux sous les paupières.
Je reprends possession de mon corps.
Le bilan n'est pas trop terrible. Je dois pouvoir sans doute ouvrir les yeux,
peut-être même m'asseoir. J'entends comme des souffles dans le noir, et ça
m'inquiète.
Je papillonne des paupières, pour m'habituder à la luminosité. Bon, pas trop la peine, il fait sombre,
bien que je perçoive une source de lumière près du sol, à plusieurs mètres.
Je finis par ouvrir les yeux doucement. Ca, au moins, ça fonctionne. Je vois loin au-dessus de mon
corps allongé, un plafond de caverne, effectivement.
Je bouge délicatement la nuque de gauche à droite. Ca fait mal, mais c'est supportable.
J'aperçois un feu plus loin, et des silhouettes qui semblent endormies allongées sur le sol autour.
Ce devait être les souffles, la source de lumière.

Bon, a priori, rien de bien dangereux. Je ne me sens pas entravé par des liens,
ces personnes ont dû me recueillir, voire me soigner, tout devrait bien aller.

Je me mets très lentement assis, en poussant sur mes coudes puis sur mes mains.
Effectivement, j'ai l'épaule gauche blessée. Légèrement, je pense.
Lorsque j'ai réussi à atteindre la station assise, la tête me tourne pendant quelques minutes -
je reste stoïque, mais je dois quand même me retenir de vomir.
Et quand j'ai enfin mes esprits, je vois une ombre surgir des ombres, d'un renfoncement près de moi.
Un homme devait être debout contre la paroi, à me surveiller, ou à garder un oeil sur tous les dormeurs,
et bien sûr, il m'a vu. Maintenant il s'approche vers moi, et je retiens un hoquet d'étonnement.

Sa peau est rose foncée, presque rouge - il a de nombreuses taches lie-de-vin.
Ses membres supérieurs sont grotesquement déformés, comme des caricatures simiesques de bras,
mais ça n'a pas l'air de le gêner. Le pire, c'est sa tête. Sa mâchoire est prognathe, et ses canines
sont gigantesques. Son nez est réduit à presque rien, ses pupilles sont jaunes.
Et il a deux cornes.

Foutremerde. Celui-là, le virus ne l'a pas épargné, et je me demande même comment il est encore vivant.
Par Damo - Publié dans : Antibal
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Commentaires

ah ! enfin !
j'avais complètement oublié que ça existait. 
Commentaire n°1 posté par Delf le 23/06/2009 à 11h51

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